Effacer ses photos

Un des conseils qui m’a le plus fait progresser en photographie a été d’effacer mes photos. Cela peut paraître étrange, simpliste, décalé, mais pourtant je pense réellement avoir franchi une étape grâce à cette action.

hygiène de photographe

A l’époque du numérique, il est tentant de penser que cela ne coûte plus rien de multiplier les prises de vues. Certes, c’est le cas sur le plan financier, mais ça l’est beaucoup moins si on mesure le temps consacré ensuite à trier, classer, sélectionner, traiter, archiver…

En effet, quoi de plus pénible après une séance prometteuse que de dédier une large partie de son temps uniquement à écrémer les fichiers plutôt que de se concentrer sur le traitement des seuls clichés réussis ?

C’est une évidence, mais réduire significativement le nombre de clichés pris est une saine habitude qui se répercute sur l’intégralité du workflow ensuite : classement, traitement, archivage, export, …

De quoi se libérer du temps pour… prendre d’autres photos !

un mal pour un bien

Alors, oui, l’acte de suppression est intimidant car lourd de conséquences.

Nous avons tous cette petite voix nous rappelle que le stockage ne coûte presque plus rien, qu’on est peut être en train d’effacer LE cliché dont on n’aura pas détecté la beauté…

Les réseaux sociaux ont cette fabuleuse (fâcheuse ?) capacité à nous fournir quasi instantanément un retour, un avis sur la moindre publication (photos, articles, infos, …) Ainsi, sans vigilance de notre part, nous sommes outillés pour laisser les autres déterminer la valeur de ce que l’on publie.

Et pourtant, c’est bien cette action de suppression qui porte le poids de notre engagement, notre personnalité. Choisir c’est renoncer, et bien il FAUT renoncer à conserver toutes les photos.

un jalon de progression

Finalement, on peut presque jauger la maturité d’un photographe à sa capacité à effacer tôt les photos dans son processus de prise de vue.

Je m’explique.

Débutant, comme nombre d’entre nous, je mitraillais tout ce que je voyais. Ensuite, après avoir déchargé tout le contenu de ma carte sans jamais rien effacer, venait le temps de la sélection. Le temps pris à parcourir des centaines de clichés pour trouver les photos méritantes était délirant (comment choisir entre deux photos quasi identiques ? sur quels critères ?)

Ensuite, je me suis mis à effacer les photos après les avoir déchargées sur mon disque. Pas facile de se lancer, mais c’est l’étincelle qui nous met sur la bonne voie.

A présent, je suis devenu beaucoup plus économe du déclencheur, et je fais mon editing depuis l’appareil, avant même de transférer les photos pour traitement.

Il s’en suit un oeil plus aiguisé, une démarche plus qualitative, et je pense une étape franchie dans ma progression.

En résumé : supprimez !

  • cela soulèvera des questions, ce qui vous fera évoluer, en assumant vos choix et surtout en sachant pourquoi
  • vous économiserez du temps, denrée précieuse de notre époque, sur toute votre chaîne de traitement
  • vous rééquilibrerez l’activité de photographie vers la prise de vue (plutôt que l’editing derrière un écran)

Merci à Bernard Jolivalt pour l’autorisation d’utiliser sa photo d’une planche-contact de Garry Winogrand comme en-tête d’article, je vous invite plus que fortement à consulter son blog 🙂

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